Sans risque est une expression commerciale, pas une catégorie financière. Aucun placement n'est totalement dépourvu de risque : ce qui varie, c'est la nature du risque accepté et le moment où il se matérialise. Voici quatre familles de supports réellement prudents pour une trésorerie d'entreprise, avec ce que chacune protège et ce qu'elle ne protège pas.
Ce que l'on cherche à protéger exactement
Trois risques distincts se cachent derrière le mot risque, et ils ne se traitent pas avec les mêmes supports.
Le risque de perte en capital est le plus évident : récupérer moins que la somme investie. C'est celui que les supports garantis neutralisent.
Le risque de liquidité est plus insidieux : ne pas pouvoir récupérer les fonds au moment où l'entreprise en a besoin, ou ne le pouvoir qu'en acceptant une décote. Un support parfaitement garanti au terme peut être très pénalisant en sortie anticipée.
Le risque de contrepartie, enfin, porte sur la solidité de l'établissement qui détient les fonds. Il justifie de ne pas concentrer la totalité d'une trésorerie significative auprès d'un seul établissement.
Une trésorerie d'entreprise doit être protégée sur les trois axes, avec un curseur différent selon la poche concernée.
Option 1 : le compte courant rémunéré
C'est la solution la plus simple, et souvent la plus sous estimée pour la poche de sécurité.
Les fonds restent disponibles à tout instant, sans formalité ni délai. La rémunération est généralement modeste et révisable, ce qui la rend imprévisible sur la durée, mais elle s'applique à des sommes qui, autrement, ne rapporteraient rien.
Son intérêt principal est ailleurs : elle ne crée aucune contrainte de gestion. Aucun arbitrage à surveiller, aucune date d'échéance à ne pas manquer, aucune écriture comptable particulière. Pour une entreprise dont la trésorerie fluctue fortement d'un mois sur l'autre, cette absence de friction vaut souvent plus que quelques dixièmes de point.
Option 2 : le compte à terme
Le compte à terme échange de la disponibilité contre un taux connu à l'avance, sur une durée convenue.
Sa force est la prévisibilité : au moment de la souscription, l'entreprise connaît le montant qu'elle percevra et la date. Cette certitude permet d'inscrire le produit dans le prévisionnel sans hypothèse.
Sa faiblesse est la sortie anticipée. Les conditions varient fortement selon les contrats : certains prévoient une réduction du taux servi, d'autres un préavis de plusieurs semaines. C'est la clause à lire avant toute autre, et c'est elle qui doit guider le choix de la durée.
Une pratique simple limite le problème : découper la somme en plusieurs comptes à terme d'échéances échelonnées plutôt qu'un seul. Une échéance tombe alors régulièrement, ce qui restitue de la souplesse sans renoncer au taux.
Option 3 : les fonds monétaires
Les organismes de placement collectif monétaires investissent sur des instruments de dette à très court terme et visent une volatilité faible avec une liquidité en général quotidienne.
Ils n'offrent aucune garantie en capital, et c'est une différence de nature avec les deux options précédentes. Leur valeur peut baisser, notamment dans les périodes de tension sur les taux courts.
En contrepartie, ils apportent une diversification que ni le compte courant ni le compte à terme ne procurent, puisque les fonds ne sont plus exposés à un seul établissement. Pour une trésorerie importante, c'est un argument sérieux.
Avant toute souscription, la documentation réglementaire doit être lue, et notamment le document d'informations clés. L'Autorité des marchés financiers met à disposition un espace d'information destiné aux épargnants qui détaille les vérifications à mener sur le produit et sur son distributeur.
Option 4 : l'étalement sur plusieurs établissements
Ce n'est pas un support, c'est une méthode, et elle complète les trois précédentes.
Répartir une trésorerie significative entre deux ou trois établissements réduit le risque de contrepartie, mais produit un second effet, plus concret au quotidien : elle maintient une relation bancaire alternative vivante. Le jour où un financement est nécessaire, disposer d'un second interlocuteur qui connaît déjà l'entreprise et voit ses flux change la nature de la discussion.
Le coût de cette répartition est administratif : plusieurs relevés, plusieurs interlocuteurs, un rapprochement bancaire un peu plus long. Sur une trésorerie modeste, ce coût n'est pas justifié. À partir d'un certain niveau, il l'est largement.
Comment répartir en pratique
Une règle d'articulation simple fonctionne dans la majorité des cas.
La trésorerie de fonctionnement reste sur le compte courant, sans placement, parce que sa mission est d'absorber les décalages.
La trésorerie de sécurité se place sur des supports mobilisables sans délai ni décote, compte courant rémunéré en tête.
L'excédent structurel se répartit entre comptes à terme échelonnés et, pour la part la plus stable, des supports plus rémunérateurs dont l'horizon correspond à la durée pendant laquelle l'entreprise est certaine de ne pas en avoir besoin.
Ce découpage se révise à chaque mise à jour du plan de trésorerie. Un excédent structurel qui se réduit doit ramener des fonds vers les poches courtes, et cela s'anticipe plusieurs mois avant l'échéance.
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